Texte fondateur

Acquerelle de Max CamisJe me rends compte que je vous entraîne jusqu'à des hauteurs vertigineuses et j'éprouve le besoin de vous redire combien la vraie mystique a raison de tendre toujours à l'équilibre parfait de tout notre être.

Aussi laissez-moi vous le répéter encore : l'acte seul peut faire grandir normalement la fleur des extases. Rien ne vaut pour calmer notre cerveau, une marche fatigante vers un ami dans la peine ; rien n'est meilleur pour que notre mental puisse supporter la lumière fulgurante dont notre coeur se nourrit, que la réception parfois un peu brusque ou le mépris par quoi un frère aveugle nous remercie de nos peines ; rien ne nous équilibrera mieux en un mot que l'effort matériel du travailleur christique... Je vous le recommande ; dans la lecture de mes lettres, ne perdez jamais de vue cette observation rigoureusement vraie.

Nous suivrons aujourd'hui, si vous le voulez bien notre Maître auprès de la fontaine attendant « celle qui devait venir » chercher près de Lui l'eau régénératrice. Nous ne tenterons même pas d'analyser cet épisode tant de fois étudié par les savants ; nous le lirons ensemble en prière, et nous essayerons d'y trouver quelques lumières nouvelles en nous laissant  émouvoir par l'ange des paroles divines.

Nulle part peut-être l'évangéliste n'a si clairement décrit les mystères de la rencontre miraculeuse entre l'âme humaine et le Verbe, dans le plan central du monde, et par analogie, merveille plus complète encore, la rencontre de l'être humain total et de Jésus sur la Terre. Ainsi notre âme à l'heure, fixée se trouvera dans le prolongement d'un des rayons de lumière vivante qui s'échappent sans cesse du coeur incandescent du Verbe. Elle se réveillera, sera revivifiée ; et le Christ lui laissera entrevoir qu'elle devra désormais laisser toutes les fausses lumières pour la vraie, l'unique ; abandonner tous les reflets pour les réalités dont seul Il est le gardien et le maître.

II lui fera voir s'écoulant éternellement de son coeur l'eau merveilleuse qui rassasie à jamais toutes les soifs. Puis le Verbe jugera notre âme et lui montrera nettement ses erreurs. Dès lors, purifiée, elle n'aura plus qu'un but : entraîner par son enthousiasme et son amour beaucoup d'âmes vers ce bonheur inouï. Les mystères des appartements spirituels sont même indiqués par ce fait que la Samaritaine va vers les habitants de son village, son rôle se borne là...

Puis, toute la bonté du Christ, tout son amour et aussi tous les efforts de notre âme, tendront à préparer sur Terre la répétition de ce qui s'est passé dans le Ciel afin que la flamme dont notre centre a été embrasé, se communique peu à peu à nos organismes subtils, à nos corps matériels, et jusqu'à nos cellules cérébrales elles-mêmes, car il faut que tout en nous reconnaisse sans erreur, d'abord l'être de lumière qui nous donnera la dernière et définitive bénédiction, et ensuite le Verbe lui même, tel qu'il apparût aux disciples, il y a plus de 2000 ans.

Certes, comme la Samaritaine attendait le Messie, notre esprit savait de toute éternité qu'un jour viendrait vers lui « Celui qui l'instruirait de toutes choses et lui montrerait le chemin qui conduit aux cimes » ; et si nous transposons au spirituel toutes les paroles de Jésus et de cette femme, nous contemplerons vraiment en nous-mêmes les reflets les plus nets et les plus sûrs qui puissent nous parvenir du surnaturel.

Mais je vous ai dit que cet extraordinaire récit nous révélerait également bien des choses sur notre rencontre, en vérité, certaine avec le Christ sur la Terre, au moment où tout en nous sera assez complètement transformé pour que le Père le permette.

La Samaritaine n'est venue sur notre plan, que pour se trouver au rendez-vous fixé par le Verbe, pour agir et parler conformément aux ordres que son Esprit avait reçus. Le lieu même en avait été désigné pour des raisons secrètes. Ainsi en dehors de tout le créé, hors du temps et de l'espace, dès que Jésus aura donné à notre âme l'eau mystérieuse et vivifiante qui lui permettra de ne plus s'égarer dans les Palais sombres du mal, l'heure sera fixée où devra se produire la rencontre matérielle du Christ sous une forme ou sous une autre. Mais jusqu'à la fin, nous resterons libres et il dépend de nous, que cette heure soit retardée ou avancée. Le lieu, les circonstances ont été nettement déterminés et nous ressentirons probablement aussi les quelques hésitations de la Samaritaine.

Comme Jésus lui parle le premier, c'est Lui qui attirera notre attention et nous adressera les définitives paroles dont la puissance finira l'œuvre commencée depuis tant de siècles et ouvrira totalement: notre coeur.

Le Christ se révélera entièrement, nous fera voir tous les chemins que nous avons suivis dans le mal. II nous montrera le livre où sont inscrits tous nos actes bons ou mauvais et se fera connaître à nous. II nous donnera cette eau qui jaillit jusqu'à la Vie Eternelle, qui est feu et esprit, et qui fera de nous des êtres régénérés.

Alors tomberont les derniers voiles, et comme la Samaritaine, nous reconnaîtrons celui dont le regard de plus en plus visible vint tant de fois aux heures sombres nous redonner le courage et la force perdue. Alors Jésus nous admettra parmi les vrais adorateurs de son Père en Esprit et en vérité et nous n'aurons plus d'autre but que d'aider les hommes.

Qui de vous maintenant, mes amis, ne voit, qu'à cette heure nous recevrons la plénitude des baptêmes du feu ? Qui ne pressent que nous devons d'abord entendre parler du Maître très saint qui seul peut nous préparer sur la terre, puis le connaître et le comprendre ? C'est lui seul qui peut rendre certaine la réalisation de la promesse du Christ et c'est Jésus seul de qui nous recevrons vraiment et totalement ces sacrements spirituels qui nous feront « Enfant de Dieu ». Tels sont, mes amis, les merveilleux enseignements que nous pouvons tirer de l'Évangile parce que nous sommes de pauvres enfants bien simples.

Si nous avions étudié le passage au point de vue mental, il nous aurait appris fort peu de choses. Jamais peut-être je n'ai pu vous donner un exemple si net de mes affirmations répétées à ce sujet.

Phaneg (En chemin)