Préface

L'ouvrage que je présente aujourd'hui au public ne devait pas primitivement sortir d'un cercle assez restreint de personnes dévouées au Service du Christ, auxquelles il était destiné. Il est composé d'un certain nombre de lettres écrites en toute simplicité, sans recherche de littérature, dans le but d'aider quelques amis à comprendre par le cœur les Enseignements de l’Evangile. Leur ensemble a fini par constituer un petit commentaire graduellement plus complet du Livre suprême.

Ce sont, la première année, quelques courtes notes lues avant le travail, au début des réunions amicales. On trouve ensuite des études plus détaillées sur le Pardon, la Prière, la Pauvreté Spirituelle et quelques idées inspirées par la méditation du « Sermon sur la Montagne ». Les 3, 4, et 5ième années, le sujet des lettres est pris dans l' Evangile de St Jean.

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A première vue, ce travail semble inutile. Tant de génies, tant d'écrivains de talent ont publié d’innombrables volumes sur l'Evangile ! Pourquoi les imiter ? Que peut-on espérer dire de nouveau sur des sujets tant de fois explorés et par des maîtres ? Cette objection paraît exacte. Qu'on me permette cependant de dire ici quelques mots sur les raisons pour lesquelles j'ai passé outre, et d'expliquer les motifs qui m'ont décidé à rendre publiques ces pages.

Il est évident que si l'Evangile est un code quelconque de morale, s'ajoutant aux innombrables recueils existants ; si le Christ n'est qu'un homme et les Evangélistes, les Apôtres, des êtres ordinaires sans valeur intellectuelle ; si même on admet que ce livre est inspiré mais qu'il est suffisant de l'analyser par les procédés de la Philosophie religieuse, l'objection précédente est juste ; et mon travail sans but - mais il n'en est pas ainsi.

Si nous envisageons vraiment toutes les conséquences de ce fait : Jésus, Dieu total incarné, Verbe fait chair, Jésus manifestant clairement la Vie incréée, nous comprendrons alors que l' Evangile est non seulement inspiré mais vivant, définitif, et qu'il nous présente en totalité ce que notre Terre peut recevoir de la vérité intégrale ; nous saurons que chacune des paroles prononcées par le Christ est, en son centre, une créature spirituelle à laquelle le Verbe a donné naissance et dont les caractères imprimés du texte constituent seulement le corps, l'apparence.

Cet Ange a reçu une mission qui ne sera terminée qu'à la fin de notre monde. En lui se conserve telle ou telle des Vérités que Dieu a données à la terre par le Christ.

Pour retrouver peu à peu, non les différents sens de l' Evangile, car il n'en a qu'un seul, mais pour pénétrer en profondeur dans la compréhension de ce sens unique, il faut donc passer au travers du texte, sortir d'un élan de soi-même ; attirer l'attention toujours en éveil de l'Ange de la Parole Etudiée ; laisser enfin, entre sa vie secrète et notre cœur, s'établir un rapport merveilleux et solide grâce auquel s'écoulera et se fixera en nous la connaissance, sinon totale du moins aussi complète que possible de telle ou telle affirmation du Maître.

De plus, l’Evangile est écrit de telle sorte que ses simples récits constituent un parfait miroir de ce qui s'est passé dans les royaumes inaccessibles de l’Esprit, avant, pendant et après la mission de Jésus. La plupart des cérémonies décrites sont des traductions fidèles d'organisations, de mouvements dans la Vie Absolue, dont nous ne pourrions autrement avoir la moindre notion, dont l'importance a été, est et sera immense pour notre avenir et celui de la terre.

Cette idée a été rarement développée. Ainsi, à mon avis, l'Evangile parle à chacun son langage. L'examen théologique ordinaire, presque absolument mental ; les recherches entièrement rationalistes des exégètes ne peuvent donner qu'un aspect restreint des énormes richesses ouvertes à ceux que le Christ appelle des enfants et des ignorants.

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C'est dans cette école dont les Apôtres furent les maîtres, que l'auteur de ces lignes voudrait prendre place un jour, bien lointain encore, il le sait. C'est cette simplicité profonde qu'il désire et cette communion mystérieuse avec la vérité reflétée dans l'Evangile qu'il souhaite atteindre. Certes, il se trouve au début des études nécessaires pour cela ; mais il ne faut pas attendre pour oeuvrer d'être parvenu au but.

Au Fur et à mesure qu'un étudiant sincère a cru percevoir quelques lueurs peut-être un peu plus centrales que d'ordinaire, a pensé comprendre un aspect nouveau des merveilleux et divins paysages, pourquoi garderait-il le silence ? La loi est la loi et aucune lumière si faible soit-elle, ne doit être mise sous le boisseau.
Le Livre de la Parole est donc, en vérité, un abîme sans fond, un océan sans rivage, un symbole émouvant de l'absolu. On peut y puiser pendant des siècles, il est vivant et s'adapte de lui-même à tous ceux qui se penchent sur lui.

La lumière qu'il rend est précisément celle que le questionneur avait en lui. Si quelqu'un donc admire l'intelligence, ce sont uniquement des splendeurs intellectuelles qu'il découvrira dans l’Evangile ; mais, si, bien persuadés que notre cerveau ne peut refléter et parler à notre connaissance que des lumières naturelles, nous ouvrons notre cœur en qui se cache une parcelle de la Vie Eternelle, et fermons en même temps le mental, c'est au-delà de la nature, dans le surnaturel, que l’Evangile nous fera pénétrer.

C'est la vie véritable en nous, qui interrogera le Livre; dès lors, il nous laissera peu à peu comprendre non plus le reflet de la Vérité, mais la Vérité elle-même. En résumé, comme nos origines, nos moyens et nos buts sont différents, chacun de nous trouvera dans les paroles du Christ des lumières différentes.

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En relisant les lettres qui composent ce recueil, j'ai cru voir que les idées inspirées par une contemplation particulière du texte et provenant d'un enseignement direct, étaient sinon nouvelles, du moins présentées d'une façon assez spéciale, assez particulière pour en justifier la publication.

Un livre est du reste, un être vivant, et je pense, ceux qui doivent le lire sont, à leur insu, attirés vers lui. Il est d'avance écrit pour quelques êtres ; ses futurs lecteurs sont désignés et choisis dans l’Invisible avant même qu'il paraisse. Une communication mystérieuse s'est établie entre l'auteur et l'esprit des personnes auxquelles son oeuvre est surtout destinée.

Ceux qui me liront, c'est pour eux que j'ai écrit et, qui sait ? Mon travail est peut-être l'aboutissement de leurs pensées et des miennes intimement mêlées ?  Ils sauront distinguer dans ces pages ce que d'autres n'y verraient pas ; ils comprendront ma vraie façon de voir, et ce sera pour eux "nouveau" ; dès lors, mon but ne sera-t-il pas atteint ?
Si donc je publie les lettres qui vont suivre, c'est pour toutes ces raisons; c'est aussi parce que j'espère avoir évité autant que possible les redites et que l‘aide donnée à quelques-uns par le Ciel, il n'y a pas de motifs pour qu'elle ne soit également accordée à un plus grand nombre.
 

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Il me reste à fournir certaines explications sans lesquelles divers passages risqueraient de rester obscurs. Je suis parvenu à l’Evangile par les chemins de l' Esotérisme, de ce qu'on a appelé la Tradition Occidentale, l'Occultisme. Bien que, à la suite de mes maîtres, j'aie reconnu depuis longtemps que ces théories ingénieuses, ces synthèses merveilleuses de l'intelligence ne peuvent conduire qu'à une compréhension plus profonde de la nature et de l'homme, sans jamais atteindre le surnaturel, le lecteur trouvera dans mon travail quelques traces de ces études du passé dont je connais l'exactitude.

Je me bornerai à signaler la croyance aux Vies Successives et des allusions à ce fait, que l'homme, outre son corps physique, possède un organisme plus subtil, que les écoles occultistes avaient nommé "double" ou "corps astral " et que je pense, St Paul appelait "anima" dans sa définition de l'être humain total. Corpus ce qui soutient, Anima ce qui anime,  Mens ce qui dirige : le Corps, l' Ame et l’Esprit.
Cette connaissance permet de pénétrer plus profondément dans certains arcanes évangéliques ; quant à la réincarnation, je ne me base pas sur des textes, mais sur les faits personnels. Le double, d'autre part, a été photographié et reconnu par des procédés scientifiques ; il n'est plus possible d'en nier l'existence. Ces quelques mots suffiront pour comprendre les passages des Lettres auxquelles je faisais allusion plus haut.

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Enfin deux grandes idées, deux certitudes absolues dominent ce travail : La première, c'est la Foi à la Divinité de Jésus; non seulement avec mon cœur, mais avec toute ma raison  humaine, je crois que le « Christ », ainsi que le dit St Jean dans sa première lettre, a manifesté tangiblement et totalement sur la terre la Vie Eternelle incréée ; mieux, Il a été Lui-Même, cette vie créatrice qui a pénétré son humanité parfaite, de manière a réaliser ce mystère : Jésus, Dieu et Homme à la fois.

La deuxième idée découle de la précédente ; dans quelques lettres, il est fait allusion à un ami mystérieux du Christ vivant corporellement parmi nous.

C'est vraiment le maître de notre terre ; les détails donnés dans l' Evangile sur Lazare et les disciples, que le Christ n'appelle plus serviteurs, mais : Amis ; la troisième béatitude où il est enseigné que le Père donnera, à ceux qui auront suivi jusqu'au bout le chemin de la douceur, la possession d'un monde, tout cela permet d'affirmer qu'au début de l'existence de notre terre, le Christ a envoyé un de ses amis pour la diriger, et que cet ami a toujours depuis vécu parmi nous.

Tous ceux donc qui pourront suivre le chemin de l'humilité rencontreront un jour, j'en suis persuadé, un ami de Dieu, qui les conduira au but ; je fais à ce mystère des allusions discrètes mais fréquentes dans mon livre intitulé: "Après le départ du Maître" et dans celui-ci.
C'est avec prudence qu'il convient, je le sais, d'émettre une telle affirmation ; aussi, le lecteur trouvera-t-il ici peu de choses à ce sujet, mais je suis persuadé, que si, pour des motifs purs, il souhaite en savoir davantage, son désir sera la meilleure des prières et tôt ou tard, celui à qui Jésus a donné à garder sa bergerie le connaîtra et se fera connaître à lui.

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J'ai cru ces explications nécessaires et sans me faire aucune illusion sur la valeur de ce livre, j'espère au moins qu'on sera frappé de l'absolue sincérité de l'auteur.

Puissent ces pages, telles qu'elles sont, faire naître en quelques-uns le désir de chercher l'Evangile qui leur a donné naissance et de se plonger pour jamais, avec délices, dans les splendeurs toujours plus merveilleuses des Divines Paroles.


Préface de : En chemin.