Avis spirituels VI. Le travail spirituel

Je vous ai dit que, pour vous, grâce à la prière et à un don merveilleux dû à la Bonté du Maître, le travail matériel et le travail spirituel s'unifiaient dans la pratique. Cependant, ce dernier doit être étudié spécialement, et nécessite quelques avis utiles.

Tout d'abord, et en dehors de ce petit essai, vous devrez naturellement vous guider sur les paroles directes du Christ et ses enseignements conservés dans l'Evangile. Vous possédez tous ce livre, et je n'ai pas besoin de vous dire que c'est en lui que vous devez chercher vos directives en les adaptant. Mais voici quelques réflexions qui vous seront utiles.

En premier lieu, votre travail spirituel doit être l'objet d'une soigneuse préparation:

1° Il faut vous connaître

2° Examiner les obstacles venant du Monde, de la famille, des amis

3° Rechercher comment les vaincre

4° Etudier la meilleure manière de vous y prendre avec les autres

5° Nous verrons les activités spirituelles possibles, d'après les différentes situations de chacun de vous.

Se comprendre, voir clairement ses défauts et les combattre, savoir où on en est sur le chemin et ce qu'on peut obtenir de son intelligence ou de son cœur, ce sont là des choses primordiales. On ne peut y arriver seul. Il faut prier et demander souvent la lumière. Un bon moyen c'est d'examiner vos goûts et vos tendances et d'organiser autant que possible votre temps, de façon à agir à l'opposé.

Trouvez-vous un grand agrément à rester chez vous, inactifs ? Forcez-vous à sortir et à agir.

Etes-vous compliqué et discuteur ? Simplifiez-vous et gardez le silence.

Aimez-vous une certaine activité corporelle, le bruit ? Forcez-vous à l'étude intellectuelle et au travail d'écriture.

En un mot, après avoir discerné vos tendances et vos goûts, tâchez, non pas de les détruire, mais de les équilibrer. Ainsi, vous vous connaîtrez aussi profondément que possible. Une fois ce premier effort accompli, interrogez-vous sur l'orgueil, l'égoïsme, la colère et sur les principaux défauts connus. Voyez si vous vous sentez prêts au sacrifice de vous-mêmes, si vous êtes disposés à consacrer votre vie, non pas à la recherche du bonheur personnel, mais à la diminution des souffrances des autres. Préparez-vous à ce service et sans impatience. Tel est votre premier devoir spirituel.

Le deuxième consiste à bien vous rendre compte des obstacles que vous allez rencontrer dans votre famille, dans votre milieu social, parmi vos amis, etc. Il est une loi qui n'a pas d'exception : Toutes les fois qu'une âme plus avancée descend s'incarner, dans une famille terrestre, elle y est isolée, incomprise et parfois méprisée. Il est bien rare, lorsque nous nous donnons complètement au Christ et à Dieu, que nous ne trouvions pas le maximum d'obstacles dans notre famille, notre milieu social et notre entourage même que nous ne devons pas juger.

Comment donc nous y prendre ? Comprendre tout d'abord l'importance du silence ; puis, savoir que nul n'est prophète en sa maison, et que presque toujours l'Apostolat vous y sera interdit. Ensuite, il vous faudra remarquer que les antipathies, les haines, les moqueries seront pour vous d'excellents moyens de vous exercer à atteindre les vertus chrétiennes indispensables. Enfin, n'oublions pas qu'un acte spirituel accompli avec le maximum de difficultés, est aussi le plus fécond et le plus pur. Pour notre entourage, nos amis, c'est moins difficile, puisque la vie n'est pas commune avec eux. Du reste, c'est encore le silence et la discrétion, la bienveillance constante et le bon exemple qui pourront nous servir avec eux.

En résumé, ceux d'entre vous qui trouveront dans leur famille de grands obstacles doivent bien savoir qu'ils sont là par la volonté expresse de leur Maître, pour qu'ils y fassent un travail d'harmonisation et pour que leur patience, leur foi, leur charité s'y développent comme une graine placée dans le terrain qui lui convient le mieux.

Examinons maintenant votre conduite vis-à-vis de ceux que vous désireriez conduire au Christ. Là surtout vous rencontrerez des cas bien différents et d'innombrables obstacles. La grande loi à observer, au moins au début de vos activités spirituelles, c'est de faire rarement les premières avances. Prêchez d'exemple plus que de paroles, et attendez qu'on vous interroge, à moins que vous ne sentiez nettement qu'on est prêt à vous entendre et à vous comprendre.

Mais, à ce moment, c'est avec la plus grande prudence qu'il faudra parler à cette âme. Ne lui révélez que peu à peu la vérité, vous risqueriez de la troubler, et même de l'arrêter pour longtemps en lui faisant regarder une lumière trop vive. Ensuite, il vous faudra une patience aussi grande que votre prudence, et une indulgence de tous les instants. Reprenez avec ce néophyte les moyens qui vous auront servi pour vous-même en les lui adaptant. Enfin, cherchez toujours à être guidés, demandez aux amis leurs lumières, faites-vous aider.

Je voudrais maintenant vous laisser quelques avis sous forme facile à retenir. Exercez-vous chaque jour à vous oublier, souvenez-vous que depuis le matin jusqu'au soir votre travail spirituel doit être incessant. Dans la rue, dans les voitures publiques, ne vous laissez pas entraîner par vos chagrins et vos épreuves ; oubliez-les. Etudiez les pauvres figures humaines, souvent contractées par la douleur ou par les mauvais sentiments. Apprenez à reconnaître les causes secrètes.

Si vous sentez en vous l'amour pour les créatures, parce qu'elles souffrent, vous serez vite aidés à découvrir les motifs de leur tristesse. Vous prierez alors et parfois, merveilleux mystère, vous verrez nettement les traits se détendre et les regards s'humaniser. Soyez donc attentifs. Ne perdez pas de vue que vous pouvez un jour faire une rencontre décisive, recevoir une lueur céleste, parce que vous aurez croisé un Enfant du Ciel, et le méconnaître serait regrettable.

Que votre principal effort soit de vous oublier pour les autres. Vous verrez que c'est une des clés du bonheur. — Ne faites ni ne dites rien d'inutile ; évitez les discussions ; prenez l'habitude de parler par affirmation. En ce qui concerne la Foi, considérez en tout le Christ et ses commandements. Vous êtes des apprentis serviteurs ; ayez donc les regards de votre âme toujours fixés sur votre Maître, afin de ne pas faire un geste, ne pas émettre une parole qu'Il ne puisse approuver.

Ecoutez attentivement les plaintes des souffrants, mais avant de les consoler ou de les éclairer, attendez de sentir en vous la vraie pitié fraternelle et ne répondez pas avant d'avoir prié.
Plusieurs fois par jour, placez votre volonté propre dans la Volonté de Dieu. Habituez-vous à les unir, dans la mauvaise comme dans la bonne fortune. C'est le plus important.

Ces quelques avis s'appliquent à tous. Nous allons maintenant chercher quelles sont les oeuvres particulières qui rentrent dans les buts de notre Entente Amicale, et voir ce que pourront faire ceux d'entre vous dont le travail matériel prend toutes les heures.

Il est nécessaire que vous compreniez bien : notre ministère peut et doit s'exercer à tout instant et d'après les différents événements de notre journée. Le fait seul d'oublier nos épreuves et de nous tenir en prière est déjà par lui-même un excellent travail. Ceux d'entre les amis qui disposent de temps feront bien d'organiser méthodiquement leur journée, préparer leurs visites aux malades et aux malheureux, établir une liste de leurs activités charitables et se tenir prêts en plus à intervenir chaque fois que l'occasion se présentera.

Pour les autres, ceux dont tout le temps est pris par le travail matériel, qu'ils sachent bien que leur désir toujours actif de demander au Christ l'atténuation de la souffrance générale constitue déjà une bonne part de leur travail spirituel, mais à condition que ce désir soit vrai, non artificiel, et qu'ils prient.

Puis il y a, ainsi que je vous l'ai dit plus haut, la rue, les tramways, les autobus, le métro. Là, ils ont deux, ou même souvent quatre fois par jour, quelques instants qui peuvent leur donner l'occasion d'un bon travail. Oublier ses épreuves ou ses soucis et s'exercer à discerner les besoins de ses voisins et prier. Cet exercice excellent s'applique à tous, et spécialement à ceux des amis qui sont trop occupés pour faire des visites. Assistez-vous dans la rue ou ailleurs à un commencement de dispute, avez-vous l'impression que la haine, mauvaise conseillère, ou simplement la colère planent sur un groupe d'êtres humains, demandez la venue de l'Ange de la Paix ; elle vous sera accordée très souvent.

Si quelqu'un se sent indisposé devant vous, et si plusieurs personnes s'empressent autour de lui pour le conduire à un pharmacien, souvenez-vous que vous n'êtes ni médecin, ni magnétiseur, tenez-vous à l'écart et demandez au Maître qu'un de ses Anges vienne guérir le malade. N'intervenez directement que si vous êtes seul avec lui. Agissez de même dans tous les cas ; abstenez-vous de conseiller des remèdes. Priez et n'imposez les mains que si cela peut être utile pour votre malade ; si, par exemple, il ne peut comprendre l'action de la Prière. Par ces quelques exemples, les amis peuvent se rendre compte que, malgré leurs occupations, ils sont encore aptes à un véritable et fructueux travail spirituel. Et puis, tout se fait par période, le Ciel nous demande telle ou telle activité matérielle presque exclusivement. Mais il vient toujours un moment où, après une longue préparation, nous sommes appelés à consacrer tout notre temps aux malades et à ceux qui souffrent.