Napoléon (Fin)

   Le déroulement de cette extraordinaire destinée, semble présidé à tout instant par le chiffre du Maître ; et pour ne prendre que les grandes lignes ; c’est un premier septénaire qui va du moment où le jeune capitaine d’artillerie se fait remarquer en résistant aux anglais devant Toulon, jusqu’à celui, où, couvert de gloire, il renverse les chambres incapables de diriger la France, le 18 Brumaire !

Deux périodes de sept ans encore, pour la réalisation de la mission dont il est chargé et pendant lesquelles son génie confond le Monde, grâce à l’intervention providentielle. Cependant, c’est à la fin de cette deuxième partie que son humanité, tentée par l’adversaire, se laisse prendre aux calculs de la terre et perd peu à peu l’aide du Ciel. Et, enfin, le dernier septénaire, le plus grand au point de vue mystique, partant de la cour de Fontainebleau et cessant en l’île maudite avec le souffle du héros.

 Cinquante-deux années de vie donnant encore le nombre d’équilibre et de mystère : âge ultime des grands missionnés.

  

   Ses maréchaux sont au nombre de douze et, pour les trente deniers fatals, l’un d’eux doit le vendre. Et s’il fallait reprendre ainsi le jeu des chiffres et des concordances nous ne pourrions que constater la volonté du Père, dont le verbe sacré ne peut prendre vis-à-vis du commun des hommes que l’aspect des signes et des nombres.

Epouvantable « fléau de Dieu », diront la plupart des historiens ! Et cependant n’est-il pas confondant de voir les centres initiatiques d’alors et les sociétés secrètes, s’incliner devant sa mission, l’aider, le protéger même en mettant à son service des gardes invisibles et … visibles, puisque les mameluks ne le quittent pas.

 

    La tache noire, hélas ! Il en faut une ici-bas – étant donné la loi de dualité – est marquée par le divorce et le désir d’une grande lignée à son empire. Un envoyé ne peut se continuer en un homme, et en cela (malgré la fin du régime monarchique héréditaire), il pouvait être pris comme usurpateur. Le Ciel heureusement ne permet pas à un de ses soldats de tomber aussi lourdement : la croix rédemptrice était là pour racheter cette tentation et lui-même vient la demander à son ennemi le plus irréductible.

Abattu, l’auréole de sa gloire va grandir ! – et les générations sans comprendre admirent et subiront encore sa clarté pendant des siècles … s’il n’est pas revenu entre temps.

  

   Cette puissance réalisatrice demeure inexplicable, parce que « Son génie s’est élevé au delà des régions où brillent les lumières de notre siècle, et parce que les réformes sociales qui ont été conçues par ce génie supérieur, dépassent nécessairement la sphère des combinaisons politiques que l’on peut faire avec les idées connues », dit très justement Wronsky dans son ouvrage sur Napoléon.

En effet, dans quel domaine humain n’a-t-il pas réformé et construit, et qu’on veuille ou qu’on le nie, il n’en demeure pas moins une des dernières lueurs providentielles avant que notre vieux monde ne s’éteigne tout à fait.

D’aucuns, légitimement angoissés du danger commémorent la Bergère Lorraine, d’autres évoquent le Petit Caporal ! Pour sauver la France. Ce cinq mai dernier fut particulièrement fervent pour son souvenir aux Invalides et place Vendôme ! Puisqu’il ne peut plus malheureusement y avoir d’élans purs et sincères dans notre siècle taré, voyons dans ce geste un désir et comme tel l’appel vers En-haut pour qu’il nous revienne un missionné, seul capable de redresser le vaisseau qui menace de sombrer.

        

       Bulletin des Amitiés Spirituelles juillet 1928.