Napoléon (1er partie)

   Le voyageur qui aborde la Corse est tout d’abord séduit par la beauté et la diversité de ses sites ; aucune contrée de l’Europe n’égale ce mélange à la fois sauvage et riant et ses aspects tour à tour grandioses ou charmants.

On s’étonne alors de ne pas y trouver des êtres intelligents et calmes ; un lieu aussi favorisé devrait, semble-t-il, produire des hommes supérieurs ? Mais la Corse s’est parée et a attendu pendant des siècles la venue de Napoléon ! Cet unique enfant a suffi pour bénir le coin de terre isolé du continent, à dessein !

La baie d’Ajaccio donne l’impression d’un endroit choisi ; et cependant, la ville même est décevante et semble encore s’étonner, d’avoir eu un tel honneur ! Dans l’agglomération la plus voisine du port, parmi les rues étroites et sales, la sévère demeure des Bonaparte se dresse silencieuse et digne au milieu des autres.

   Passer ce porche, toucher la rampe de fer, pénétrer dans ces vastes pièces où le pas rapide du jeune officier s’est fait entendre, vivre dans l’atmosphère de cette maison provoque un sentiment inexprimable et profond : un sopha à l’étoffe passée, sur lequel Lœtizia Ramolino mit au monde cet être prodigieux ; à côté, dans la petite chambre carrelée, cette trappe, par laquelle, pour fuir la révolution il est parti, un beau jour pour la France, d’où il devait régner sur l’Europe !

Et l’Esprit s’envole à la suite du grand aigle jupitérien et solaire ! …..

  

   Dans la nuit de l’Assomption 1769, le grand Frédéric en son château de Schönbrunn (future prison du roi de Rome !) voyait du reste dans un demi sommeil l’apparition d’un boule de feu dans le Ciel et sa chute fulgurante sur notre planète. Fortement impressionné, l’empereur fit prendre note de cette image encore toute fraiche, par un chambellan de service et un demi-siècle après, en retrouvant les papiers de ce personnage on pouvait constater le rapport indéniable qu’il y a entre cette trainée de feu abordant la terre et la naissance de Napoléon à Ajaccio !

Le grand constructeur des empires centraux, le génie malfaisant de la politique anti-française, que l’Angleterre et l’Allemagne devaient suivre par la suite ; cet ami des sceptiques et des esprits révolutionnaires, voyait dés la fin de son règne la marque lumineuse du redresseur et du justicier.

On ne peut malheureusement marquer tous les signes providentiels qui entourent la naissance, la vie et la mort de ce géant solaire – d’autant plus que l’histoire n’en conserve, hélas ! Qu’une faible partie ; mais il est impossible en reprenant les principaux d’en nier l’importance : au point de vue astronomique d’abord, l’apparition d’une planète au début et à la fin de cette destinée qui se lève dans une île vers l’est, et va s’éteindre encore dans l’océan à l’ouest. D’après les mémoires écrits par ses compagnons de captivité à St Hélène, il y aurait eu à sa mort une participation grandiose de la nature : les éléments déchaînés, hurlent et gémissent de douleur autour de la prison d’où la grande âme venait de partir.

Et chaque année, le 5 mai, au soir, le soleil vient cacher son orbe rouge entre les deux arches de l’arc triomphal dont il avait lui-même indiqué l’emplacement. En 1840, Victor Hugo, décrivant le retour aux Invalides, dit le rayonnement de l’astre roi à l’instant même où le char funéraire franchissait l’arche et cela malgré une tourmente de neige et de pluie qui sévissait depuis le matin !

        

       Bulletin des Amitiés Spirituelles juillet 1928.