Pourquoi suivre Jésus ?

   Il y a quelques années je montais à Loyasse, le cimetière lyonnais qui se trouve sur les hauteurs de Fourvière, la colline qui prie, comme la nommait les anciens, faisant face à celle qui travaille, la Croix rousse. Je passais la grille, l’allée principale était bordée de chaque côté de magnifiques rosiers, dont les fleurs rouges étaient comme le symbole de tous les êtres que ce lieu accueille. J’avais ce jour là quelques visites à faire ; nous avons tous bien des amis dans les cimetières.

   Je m’approchai de la tombe de Monsieur Philippe, un couple était là, devant la grille essayant de se recueillir, tout en surveillant deux enfants un peu turbulents, sans doute bien contents de s’amuser dans un endroit si original.  Je restai un peu à l’écart, puis je m’avançai pour déposer dans un vase la rose que j’avais acheté.

Me trouvant alors tout près du couple, naturellement la conversation s’engagea. La jeune femme parlait avec passion de Monsieur Philippe, qu’elle connaissait depuis quelques années, Son mari quant à lui était plus réservé. Parlant peu, il  écouta et posa quelques questions pendant que j'échangeai avec sa femme. C’était la première fois qu’ils venaient se recueillir sur la tombe de Monsieur Philippe.

 

Vous savez que Monsieur Chapas est ici également ? Lui dis-je.

Je n’en savais rien répondit-elle.

Suivez-moi si vous le voulez.

 

   Nous contournâmes la tombe de Monsieur Philippe et nous engageâmes dans l’allée qui accueillait celle de Monsieur Chapas. Je leur montrai également la dernière demeure de Berthe Mathonet, puis celle de Monsieur Gauthier. Nous restâmes quelques secondes, en silence, devant l’épitaphe de  la tombe de Monsieur Chapas : veillez et priez le Ciel peut tout. Les enfants nous avaient rejoints, leur mère leur demanda de se calmer un peu, et de ne pas aller trop loin. L’échange se poursuivait avec la jeune femme, quand,  brusquement, le mari prit la parole et me dit :

Si je vous ai bien compris, on ne suit pas Jésus pour être guéris, puisque bien des techniques de soins peuvent le faire. On ne suit pas Jésus pour les miracles, parce que ceux-ci peuvent être faits par d’autres maitres spirituels. On ne suit pas Jésus pour atteindre certains états intérieurs, états de conscience ou états mystiques… cela est proposé par de nombreuses approches mystiques. Et pour finir... on ne suit pas Jésus pour la connaissance et pour avoir des réponses à nos question, parce que nombre d’ésotérismes nous en donnent. Je me demande dans ce cas pourquoi nous devrions suivre Jésus ?

Je bafouillai quelques mots, guère convaincants, puis nous passâmes à un autre sujet de conversation.

 

   En rentant chez moi, la question du mari me revenait en tête, j’étais dérouté, bien plus, déstabilisé, avec un sentiment de honte et d’échec ; après toutes ces années de parcours spirituel j’avais été incapable de dire pourquoi Jésus notre seul Maître devait être suivi, et pourquoi j’essayais de le suivre. A force de m’interroger un éclaircissement ce fit en moi, le lendemain j’écrivais ces quelques mots.

 

Chère amie

Votre mari, hier, m’a mis dans l’embarras en me demandant pour quelles raisons nous devrions suivre Jésus. J’ai été incapable de lui répondre, me suis trouvant devant un mur et ne pouvant aller plus loin. Grâce à notre échange, ce qui en moi était encore indéfini, et que je ne pouvais pas formuler, est venu au jour. Voici la réponse que je peux vous faire maintenant. Pour moi, nous essayons de suivre Jésus  parce qu'il nous aime, qu’il est notre Maître et notre ami, et que nous lui appartenons. C'est une relation gratuite, sans attente, nous savons qu'il peut nous guérir, nous enlever nos peurs et nos limites... mais tant que nous sommes dans cette attente, ne sommes nous pas encore intéressés ? Nous ne suivons pas non plus son enseignement, aussi grand soit-il, mais un être ; Lui. Tout revient en fin de compte à ce que vous disiez chère amie ;  l’amour. "Tout le reste n’est que curiosité", dirait notre ami Sédir.

 

   Je remercie encore ce jour pour cette rencontre avec ce couple. Tout deux m’ont permis de faire un pas de plus. Nous pensons parfois que nous avons quelque chose à apporter aux autres, et brusquement, la situation se renverse : c’est nous qui devenons le mendiant qui, sans avoir ouvert la main, reçoit ce qu’il n’avait pas demandé, devenant ainsi redevable à des personnes qui sont pour nous parfois des inconnus.

C’est le moment également de retrouver une certaine  modestie.

  

   Comme le disait un ami : « Quand nous rencontrons quelqu’un, nous ne devrions pas nous demander si nous avons quelque chose à lui apporter, mais uniquement ce que nous avons à vivre avec lui à ce moment là. »