Sévananda et Monsieur Philippe

    Quand on s’intéresse à Monsieur Philippe, vient un moment où l’on croise un personnage particulier : Sévananda, (De son nom de baptême : Léo Costet de Mascheville, 1901-1970). Certaines personnes, certains groupes lui accordent une légitimité (1) relativement à Monsieur Philippe. Le but de cet article est de faire le point sur cette assertion.

 

   Nous ne ferons pas un résumé du parcours de vie de Léo Costet de Mascheville, quelques documents existent sur le net, difficiles à trouver d’ailleurs, et peu sont en français. Nous n’avons pu nous procurer sa biographie rédigée en espagnol : « Yo que caminé por el mundo », (moi qui ai marché de par le monde – 1955), et dont il semble ne pas exister de version française. Les quelques textes que nous avons utilisés sont rédigés en portugais, notamment le compte rendu qu’a fait Sévananda de son séjour à Lyon et à l’Arbresle. Nous avons utilisé Google pour leurs traductions, ce qui n’est pas un outil d’une fiabilité absolue, mais qui nous a permis néanmoins d’avoir connaissance de leurs contenus. Une amie nous a également aidés.

La note biographique d’Emilienne Larchevêque Olphand, en préface de la version française des commentaires faits par Sévananda des paroles de Monsieur  Philippe, nous a donné des éléments importants pour la rédaction de cet article.

 

   La légitimité de Sévananda veut se justifier par le travail qu’il fit en « communion avec Maître Philippe sur le plan spirituel », de 1924 à 1941. (2)Reconnaissons que formulée ainsi, cette « communion avec Maître Philippe sur le plan spirituel » manque de précisions, nous ne savons pas vraiment ce que cela recouvre. S’agit-il de locutions intérieures, d’écriture automatique ? Communion  sur un autre plan, soit, mais avec quelles répercutions sur le plan physique, sur la conscience et la mémoire de Sévananda ?

A la fin de cette période «de communion avec Maître Philippe », arrive un personnage à la résidence de Léo Costet de Mascheville, celui-ci lui remet les archives de la hiérarchie de Suddha, « sur l’ordre d’un grand gourou » ; puis Léo Costet de Mascheville devient Sri (3) Sévananda swami (4). Comment comprendre, qu’après 17 ans de « cette communion sur le plan spirituel » avec le Maître, on devienne Swami, et que l’on pratique le yoga (5),  alors que Monsieur Philippe n’a prôné que la prière et la charité comme moyens d’union avec le Père ?

 

   Pour nous, cette « communion » ne peut donner l’obtention d’une légitimité,  pourquoi ? Premièrement parce que cela n’est pas dans la façon de faire de Monsieur Philippe. Au mieux Sévananda a été trompé, (rien ne garanti de l’authenticité de ce qui se passe sur un autre plan, on peut-être trompé sur tous les plans), ou plus grave, il a pu être utilisé (malgré lui), et dans ce cas dans quels buts ? Nous en voyons deux, le premier : faire de Sévananda l’agent de l’approche syncrétiste (6), très présent dans ce 20 siècle, et toujours bien vivante et agissante en notre temps. Le deuxième : troubler le message du Maître et sa personne en l’utilisant pour cette approche syncrétiste.

 

Pourquoi Monsieur Philippe n’utilise-t-il pas ce moyen pour se manifester ? Comme nous l’avons dit ce n’est pas sa façon de faire. Nous avons plusieurs anecdotes où il se manifeste physiquement quand il a quelque chose à dire, ou à faire vivre à quelqu’un de son choix. Les deux cas que nous avons en tête de communications directes avec lui, par un appel intérieur, étaient des personnes qui l’avaient connu de son vivant.

 

   Mais admettons, que cette « communion sur le plan spirituel » soit vraie, le résultat sur la vie de Sévananda jette un nouveau trouble et un autre doute. On s’attendrait qu’après une telle expérience avec Monsieur Philippe, Léo Costet de Mascheville approfondisse son approche chrétienne, et même qu’il vienne en France et s’inscrive dans le mouvement des disciples toujours vivants du Maître. Et bien non, il devient Sri Sévananda swami et pratique le yoga intégral (posture et méditations).

 

Comment comprendre également qu’ensuite Sévananda crée :

-   En 1949 au Brésil « l’association mystique occidentale » (A.M.O) (7), qui comprenait plusieurs disciples ou chacun pouvait choisir sa voie.

-  En 1953 un monastère, un Ashram de Sarva Yoga  et un monastère Essénien.

-  Puis « l’Ordre de Sarva swamis ».

-  Et que dans son  Ashram l’apprentissage et la formation se composaient de la « voie Gurdjieff », de la pratique du « chemin de Maître Philippe », du Suddha Dharma, mais également de danses avec des derviches soufis et des exercices du Bouddhisme Zen.

 

   Que Léo Costet de Mascheville devienne swami, qu’il pratique le yoga intégral, tout en ayant une dévotion envers Monsieur Philippe, (même si selon nous cela est incompatible) mais admettons, cela n’engageait que lui. Mais dans ce cas il aurait du garder cette dévotion secrète, parce que la faisant connaître à ceux qui le suivaient, que ce soit par la parole ou par l’écrit,  il ouvrait la porte à la confusion, à ce syncrétisme que nous avons évoqué, avec des conséquences sur la perception de Monsieur Philippe.

La confusion entre Monsieur Philippe et des pratiques spirituelles diverses est d’ailleurs devenue un problème plus général. Certains groupes, certaines personnes, se revendiquent d’une filiation avec lui, d’autres le choisissent comme « guide ». Ces personnes, ces groupements, peuvent proposer une spiritualité qui est parfois  composée de rituels, d’initiations, de méditations, de spiritisme, de yoga… ou également de techniques de soins, et cela tout en parlant de Monsieur Philippe, en faisant des conférences, en le présentant sur leur site, ou en exposant son portait dans leur lieux de réunion ou de consultation ; laissant ainsi croire aux personnes participantes que Monsieur Philippe ratifie ces pratiques puisque l’on parle de lui et le respecte. Cet état de fait pouvant même induire auprès de certains, qu’ils ont plus de chance d’être en « contact » avec lui dans ce contexte, puisqu’il est respecté, vénéré.

Qu’il y ait là des gens sincères, généreux, qui cultivent le souvenir du Maître, qui essayent de mettre en pratique ses paroles sur la charité, cela ne fait aucun doute ; mais cela ne donne pas pour autant de légitimité à leur mouvement ou à leur groupe spirituel, ni à leur leader.

Quelqu’un peut être expert sur le sujet de Monsieur Philippe, être une référence, mais cela ne donne pas non plus de légitimité spirituelle.

Rappelons qu’en matière de vie spirituelle, les seules « techniques » que Monsieur Philippe préconisait, étaient : accomplir ses devoirs au quotidien, la prière, la charité et le pardon des offenses.

 

   Il est à remarquer que les groupes qui avaient la légitimité pour parler de Monsieur Philippe l’ont fait avec une extrême discrétion, que l’on pense aux Amitiés Spirituelles de Sédir, au Martinisme de Papus, à l’Entente Evangélique de Phaneg, ou au groupe qu’avait créé Ravier à St Etienne. La discrétion est un des fruits d’une véritable légitimité, celle-ci s’exprime tant dans la façon de parler de lui, que dans les moyens utilisés pour le faire.

 

   En 1956 Sévananda vient en France, après un passage à Paris il rejoint Lyon, puis l’Arbresle. Il regrette  de ne pas y voir Emile Besson (2), ce fait n’est pas anecdotique. Cette attitude ne confirme-t-elle pas la fronde de certains disciples  de Monsieur Philippe en face de la proposition de Sévananda d’acquérir le Clos Landar ? Peut-être également qu’Emile Besson ne voulait pas être une caution morale pour Sévananda, dont il savait qu’il n’avait pas de légitimité, et ne voulait pas cautionner non plus les orientations spirituelles qu’il dispensait ?

Sévananda rencontre, lors de son passage à l’Arbresle, le « suivant » de Monsieur Chapas, il lui reconnait la légitimité de Monsieur Philippe, (Comme le prouve une photo avec au dos un mot de Sévananda). Cette rencontre pourrait laisser croire que le « suivant » a confirmé Sévananda dans ses projets, choix et orientations spirituels ; nous ne le pensons pas. Monsieur Philippe, tout comme Monsieur Chapas, donnaient rarement leurs points vues, et encore moins des conseils, tout particulièrement  si on ne leur en demandait pas. Si Sévananda n’a fait que parler de Monsieur Philippe, demander au « suivant » des anecdotes, des souvenirs, mais s’il ne l’a entretenu en rien de choses plus personnelles, Philippe M. ne lui aura rien dit ; ce que Sévananda prit peut-être pour un acquiescement ?

Ce que confirme pour nous certains mots, certaines phrases du compte-rendu de son voyage à l’Arbresle, et qui prouve que suite à sa rencontre avec le « suivant » il ne s’est rien passé de décisif, de nouveau, dans son approche spirituelle – ne nomme-t-il pas Monsieur Philippe, en légende d’une photo du Maître : l’Ange cosmique ! 

 

   En 1958, Sévananda édite au Brésil le premier des quatre volumes consacrés à la traduction des paroles de Monsieur Philippe, idée généreuse, même si la traduction pose toujours des problèmes forts délicats ; le monde littéraire le dit fort justement : traduction-trahison. Mais le problème de fond n’est pas là, il est dans celui d’avoir mis des commentaires aux paroles du Maître, ce qui traduit une évidente incompréhension spirituelle. Aucun des disciples de référence, et qui avait chacun une légitimité ne l’a fait. Sédir, Papus, Marc Haven, Ravier, Phaneg, ont nourri leurs réflexions et leurs écrits des paroles de Vie de Monsieur Philippe, mais jamais n’en ont fait des commentaires écrits. Le problème de commentaires écrits, c’est qu’ils gravent dans le marbre une réflexion, un point de vue, qui ne peut être que subjectif, (éminemment lié au tempérament de la personne, à son parcours spirituel, à son époque…). Les paroles de Vie sont dans leur première expression de l’ordre du « parler » ; les échanges, réflexions qu’elles peuvent susciter ne se conçoivent donc que par ce moyen.

Faisons pour finir le résumé des faits qui à nos yeux prouvent l’illégitimité de Sévananda  se rapportant à Monsieur Philippe.

 

1 : Les communications sur le plan spirituel qu’il dit avoir eu avec Monsieur Philippe, et qui peuvent paraitre lui donner une légitimité. La transmission d’une légitimité se fait sur le plan physique, par le Maître ou par un disciple.

2 : Son orientation spirituelle, devenant swami, il quittait, (même s’il ne le percevait pas ainsi) la voie chrétienne, donc le Christ et Monsieur Philippe. Et surtout, rendant publique ses orientations spirituelles tout en mettant en avant Monsieur Philippe,  il ouvrait alors la porte à la confusion.

3 : La « fronde » des disciples lyonnais pour s’opposer à l’achat du Clos Landar par Sévananda.

4 : Ses commentaires des paroles de Vie de Monsieur Philippe, qui témoignent d’une incompréhension spirituelle. Ceci n’a jamais été fait par un quelconque des disciples ayant reçu une légitimité du Maître.

5 : Les orientations spirituelles proposées par Sévananda dans son mouvement, (yoga et autres) et qui ne font en rien partie de la voie chrétienne, et n’ont jamais été demandées par Monsieur Philippe, ni par aucun de ses disciples ayant une légitimité.

 

   Nous avons essayé dans cette article d’être le plus objectif possible, et surtout d’amener une réflexion au regard de certains faits, pour que chacun puisse se faire en son âme et conscience un point de vue le plus juste possible au regard de la vérité historique et spirituelle.

 

 

 

1 : Légitimité, caractère de ce qui est fondé en droit (Larousse).

1 : Légitimité, celle-ci peut-être acquise par les événements (par ex : faits de guerre), par un parcours professionnel particulièrement brillant, par une maitrise sur un sujet... Pour la légitimité qui nous intéresse ici, et qui concerne la légitimité spirituelle, particulièrement dans le cadre de Monsieur Philippe, celle-ci est donnée, elle n’est pas liée aux mérites de la personne, ni à ses efforts, pas plus à ses qualités. Elle est toujours transmise sur le plan physique, que ce soit directement par Monsieur Philippe ou par un de ses disciples. Elle permet à la personne qui la reçoit de dire, de faire, d’agir avec l’autorité issue du Maître. Une connaissance du parcours de vie de cette personne, une observation attentive à certains faits, peuvent donner les moyens de reconnaitre en celle-ci la légitimité dont elle est porteuse (L’auteur, s’appuyant sur la tradition liée à Monsieur Philippe).

2 : Note biographique d’Emilienne Larchevêque Olphand, en préface de : « Le Maître Philippe de Lyon. Propos commentés par sri Sévananda, Paris, Cariscript, 1984.

3 : Sri, dans un sens honorifique, ce titre est donné aux sages et aux gourous, auquel cas il est parfois redoublé en Sri Sri. Dans un sens laudatif souvent traduit par « vénérable », « prospère », « saint », « brillant ».

4 : Swami, en règle générale, le mot Swami est un titre honorifique qui est attribué aux maîtres et enseignants spirituels, des traditions, des philosophies, des écoles et doctrines différentes, telles que le Vedanta, le yoga, etc., ou des ordres de différentes religions, en particulier dans  l’hindouisme. (Site d’une swami, reconnu par l’I.Y.F)

5 : Yoga, est une méthode systématique de libération définitive. Connue en Occident sous des formes vulgarisées et dégradées, le yoga constitue une discipline spirituelle extrêmement rigoureuse. La personne qui pratique le yoga cherche à atteindre le Samâdhi, celui-ci comporte plusieurs degrés, le but final est de redécouvrir son identité avec le Brahman, ce qui constitue en soi la délivrance suprême. (Texte recomposé d’après : « les Maîtres spirituels » de Jacques Brosse, éditions Bordas).

6 : Syncrétisme, nom masculin (grec sugkrêtismos, union des Crétois) Système philosophique ou religieux qui tend à faire fusionner plusieurs doctrines différentes (Larousse).

6 : Syncrétisme, fusion de différents cultes ou de doctrines religieuses; en particulier, tentative de conciliation des différentes croyances en une nouvelle qui en ferait la synthèse (Site CNRTL). 

6 : Il est à préciser que culturellement le Brésil est une terre de syncrétisme.

7 : L'AMO, voici la définition qu'ils donnent de leur mouvement  : « Association le mysticisme de l'Ouest » a été fondée a Montevideo sous la direction de Maître Philippe et Papus (Dr Gérard Encausse), l'école est devenue un centre de convergence de différents  courants spirituels : Esséniens, Suddha Dharma Mandalam, Rite égyptien d'Osiris, Ramakrishna Ashram du Kriya Yoga, le Yoga Ashram ou Sarva Sarva Ordre des Swamis, communauté soufie, Satyagraha Ashram, Ordre Martiniste, Maîtreya Mahasangah, cabalistique Ordre Rose-Croix, le ministère de la Parole, Bodhi Dharma Zen, Eglise expectative. (Source : AMO+PAX – Associação Mística Ocidental).