Maître Philippe a-t-il des amis ?

 Le grand Barnum Philippien

La question se pose véritablement : Maître Philippe a-t-il des amis ? Ce n’est pas certain. Son rayonnement ne cesse d’augmenter, c’est un fait, comme le confirme notamment sa présence sur le net. De nombreux sites parlent de lui, enfin… on ne parle pas vraiment de lui, ce ne sont qu’une succession de copier-coller, avec des phrases dithyrambiques d’admiration sur les forums et où chacun se congratule mutuellement.

Alors oui, d’une certaine façon Maître Philippe a sa troupe, mais celle-ci tient davantage du défilé de numéros de cirque, qu’un réel troupeau avec son berger.

Dans ce cortège composite nous pouvons trouver plusieurs groupes, en voici quelques-uns.

Nous avons les « admirateurs » : ils  connaissent Maître Philippe, le respectent, mais ne vont pas plus loin, cela ne bouleverse pas leur vie. Les "dévots", là ce sont les génuflexions, les prêchi-prêcha, les leçons de morale. Les « dogmatiques », qui comme au temps de Jésus s’accrochent aux mots, mais sont rétifs à l’Esprit. Les « ceux de la haute », eux ils ont connu quelqu’un qui a connu un ami qui a connu un disciple… qui tenait d’un autre des anecdotes inédites, quelques documents, tout cela leur donne une « aura », eux ils savent, ils sont dans le saint des saints, ce sont eux qui généralement vous disent à voix basse : tu comprends, on ne pas tout dire aux gens, ils ne comprendraient pas. C’est oublier que la majeur partie du public de Monsieur Philippe était composée de gens simples, et qu’ils comprenaient très bien ce qu’il leur expliquait.

Viennent ensuite sur la piste centrale les « collectionneurs », la vie leur a donné, qui une montre ayant appartenu à Monsieur Philippe, tel autre des photos inédites, mais c’est à eux, aucune générosité pour en faire don à tous : ils sont avares, se sont des coffres forts. Les « m’as-tu-vus », pour eux Monsieur Philippe c’est comme un pin’s sur le revers de la veste, cela témoigne qu’on est dans le vent – tendance quoi ! Les « hystériques », là c’est le rassemblement de ceux et celles qui ressentent sa présence, qui rêvent de lui, le voient, travaillent sur le plan spirituel avec lui ; pour ceux-là on ne peut que souhaiter au plus vite le retour de Charcot. Les « accros du hochet », initiés au 2.400ème degré, du rite « machin-chose » de la loge d’Avignon ou de Pampelune, ils sont convaincus que leur cape, canne, tablier et jolie médaille les assurent, ou bien les rassurent, qu’ils sont dans le vrai, et considérés par le Maître. Les « dilettantes », ils aiment bien Monsieur Philippe, mais tout autant Krishnamurti, Bouddha et Steiner, pour ceux-ci tout ça c’est bonnets blancs et blancs bonnets. D’autres, en toute humilité, cela va de soi, vous disent que leur association à l’ADN de Maître Philippe ! Nouvelle légitimité absolument imparable, mais heureusement impossible.

Et pour finir, les « disciples », ils se disent disciples de Maître Philippe, mais ils font comme ils veulent, n’écoutent pas ce qui peut leur être dit, même les coups de semonce ne les font pas réfléchir,  ils ne sont guère obéissants. Disciple est un mot tellement grave, qui recouvre tellement de responsabilités et d’épreuves, que ceux qui le sont ne le disent pas. Dans ce pitoyable défilé chacun d’entre nous se reconnaîtra. 

Mais les amis de Maître Philippe ? Et bien, il y a peu de chance que nous les trouvions là.

 

Une vie d’homme

Maître Philippe est maintenant entré dans l’Histoire, c’est un personnage de celle-ci qui, comme le comte de Cagliostro, Jeanne d’Arc ou Raspoutine, peut être maintenant appréhendé par une approche historique. Comme le disait un ami : « Quand un personnage comme Monsieur Philippe rentre dans l’histoire, à ce moment il est licite d’interroger la petite et la grande histoire le concernant ».  Lui, qui a été un personnage « people » de son temps, un personnage médiatique, c’est lui rendre hommage que d’interroger sa vie, ses actes, c’est une preuve que nous nous intéressons à lui.

La vie de Maître Philippe, comme les premiers ouvrages et les articles nous l’ont fait connaître, était celle de l’homme des miracles, de la charité…Tout cela est vrai, mais il faut constater que sa vie d’homme n’était quasiment pas abordée. En fait personne n’avait fait l’effort de vérifier les faits, et d’explorer les zones méconnues de son existence. Il n’est plus possible à présent de se contenter uniquement de la connaissance du Maître Philippe thaumaturge, il nous faut aller plus loin, et découvrir que « dessous » le Monsieur Philippe qui fait des merveilles, des miracles, il y en  a un autre,  l’homme : Nizier Anthelme Philippe avec sa vie d’homme, et que cela est tout aussi important que le reste. Il nous faut faire ce travail de connaissance de l’humanité de Monsieur Philippe.

Maître Philippe n’était pas un saint, il était infiniment plus que cela, c’était un homme qui accomplissait la perfection de l’Evangile. Il était libre, et sa vie, ses comportements, ses choix, répondaient à son éthique personnelle, et non à la morale collective de son temps, au risque de choquer, de troubler ses contemporains. Certains d’entre nous ne sont ils pas toujours choqués et troublés, d’apprendre entre autre chose qu’il jouait en bourse, et y perdait des sommes énormes, ou qu’il donnait des dons, par exemple pour gagner aux jeux ? Est-ce que cela enlève quelque chose à ce qu’il fit Rue Tête d’Or ? La charité qu’il avait pour les pauvres et les miséreux en est-elle amoindrie ?

 Son entourage également est rentré, dans une certaine mesure, dans cette « sanctification ». Dès lors, dire certaines vérités, révéler certains comportements, lever le tabou sur certains silences devient difficile… tout particulièrement pour l’historien qui a le courage de le faire, et qui généralement n’en reçoit que critiques et suspicions. 

Mais les vrais admirateurs, les « acharnés » de Maître Philippe, ses amis, ce sont ceux qui peuvent l’aimer dans sa vie d’homme. Maître Philippe aurait pu ne rien faire d’extraordinaire, être un homme commun ; ils l’auraient aimé quand même. Pour les autres, que nous sommes tous à un moment ou à un autre, c’est encore trop le goût du merveilleux qui nous attire, et cela nous éloigne de lui  – nous  restons imperméables à Sa présence

 

Les disciples

Par les approches historiques qui ont vu le jour ces dernières années, nous pouvons dire qu’il y a eu deux groupes de disciples : les parisiens et les autres. Les parisiens ont monopolisé l’attention, involontairement sans doute, ceci à cause du renom qu’ils ont eu dans le champ spiritualiste de leur époque, que l’on pense à Papus, Sédir, Marc Haven, Phaneg… Mais ce projecteur dans leur direction est également la conséquence du fait qu’ils ont depuis longtemps été nommés comme disciples de référence. Ils ne sont pas, bien évidemment, à occulter, mais à remettre à leur place.

Dans cette catégorie des disciples, nous en trouvons une autre : les intimes. Ceux-ci ont vécu avec Maître Philippe dans le quotidien, partageant sa vie, ses actions, ses épreuves, et ce parfois pendant des dizaines d’années, pensons à Claude Laurent, Auguste Jacquot, Jean-Baptiste Ravier, Condamin, Comte, Applancourt, Raoul de Ste Marie, Massart, Golfin. Marie Aub-Glotin, Madame Chapas, Marie Knapp et tant d’autres. Mais dans ces « intimes », nous trouvons également tout le personnel de maison qui vivait au rythme des joies et des peines du Clos Landar, ou de la Rue Tête d’Or. Ces personnes, de condition modeste : femme de maison, cuisinière, jardinier… ont-elles laissé des traces écrites ? Pour l’instant rien ne nous en a été révélé, et pourtant, que n’ont-elles dû entendre et voir !

Tous les personnages que Maître Philippe a croisés dans sa vie sont importants ; ils doivent  nous devenir familiers.

 

Maître Philippe et les « groupements ésotériques, spirituels et autres »

Certains groupes, certaines personnes, revendiquent une filiation avec Maître Philippe, d’autres l’ont choisi comme « guide ». Cette attitude que l’on peut comprendre, au vu de son rayonnement spirituel, n’est pas sans poser problème. Il s’ensuit qu’une certaine confusion peut s’instaurer et lui donner une « teinture », notamment ésotérique, qu’il n’a jamais eue. D’autre part, cela peut donner l’impression aux personnes qui fréquentent ces groupements, ces cessions, que les pratiques et approches spirituelles qui sont proposées (rituel, initiation, méditation, spiritisme, yoga, techniques de soin…) sont validées par Maître Philippe, puisque l’on parle de lui, ou que son portrait est exposé. De plus, ces personnes peuvent croire, pour les mêmes raisons, que d’une certaine façon Maître Philippe est « présent », là dans ce groupe, qu’il veille sur eux ; alors qu’il n’en est rien.

Tant que des historiens n’auront pas mis à jour des documents, révélant que Maître Philippe a  participé d’une façon active, et aux yeux de tous, à ces mouvements, ou a encouragé ces pratiques, nous pouvons rester sur le point de vue qu’il n’a aucun lien avec eux.

Rappelons qu’en matière de vie spirituelle, les seules « techniques » qu’il préconisait étaient : accomplir ses devoirs au quotidien, la prière, le pardon des offenses et la charité pour ceux qui nous sont proches : notre famille, nos amis, nos voisins, et plus si nous en sentons la force.

 

Les Rameaux

Comme chaque année arrive au Printemps la grand-messe des Rameaux, assez pathétique, il faut bien le reconnaître. C’est alors, tout le long de la journée, le cortège des groupes, généralement en marche dispersée, et de quelques personnes auxquelles on ne prête généralement guère attention, et qui, sans doute, sont les plus sincères dans leur quête et leurs recherches. A 14H30, ou avant, pour certains, en fonction de je ne sais quels paramètres fumeux, se retrouvent les « aficionados ». On se congratule, on prend des nouvelles : tiens, machin n’est pas là cette année, et après avoir entendu le « speech » d’un des organisateurs, on se tient par la main, souvenir du temps des rondes enfantines, tant il est vrai que nous sommes restés de grands enfants.

Mais d’ailleurs, d’où nous vient cette initiative des Rameaux, a-t-elle la moindre légitimité ? Du vivant de Monsieur Philippe elle avait un sens. Mais après ? Monsieur Chapas le disciple bien aimé, lui qui fut l’héritier spirituel, le successeur, ne l’a jamais instituée. Dans une lettre écrite le 7 Mars 1927 à madame Bière, il lui dit : Demandez bien le jour des Rameaux à deux après midi. Ce jour-là Dieu exauce presque toujours nos demandes. Nous remarquons qu’il n’y a pas trace dans les paroles de Monsieur Chapas de l’évocation d’un moment collectif à organiser sur sa tombe ou ailleurs. Là encore, nous avons fait d’une recommandation qui était personnelle, individuelle, une déclinaison collective.

 

Qui est-il ?

Qui est Maître Philippe ? C’est après tout la seule question qui vaille la peine que l’on se pose. Ce n’est pas un saint, nous l’avons dit, mais pas davantage un guérisseur, pas plus un gourou, un initié, ni un canal ouvert de forces supérieures, rien de tout cela.

La liberté de penser de chacun est à respecter, soit, mais il faut arrêter de tourner autour du pot, et dire simplement, que pour certains disciples, particulièrement pour les lyonnais, Maître Philippe était le Christ revenu en chair, incarné à nouveau ici. Mais le sachant, si nous ne faisons rien de plus que l’accrocher au mur, ou le monter encore plus haut sur l’autel dévotionnel, alors savoir cela ne nous aura servi à rien, ce peut même nous devenir une cause de chute.

C’est grave de penser cela, de le croire en son cœur, il nous faut faire quelque chose de notre rencontre avec lui ; autrement il est préférable de passer son chemin.

 

Son retour pour notre temps

Sommes-nous assez attentifs aux signes des temps ? Depuis 2003, des ouvrages le concernant ont été édités, et présentés par quelqu’un qui est le seul, d’ailleurs, à avoir la légitimité sur le plan historique et spirituel pour le faire, n’en déplaise à certains spiritualistes, qui ne sont que les nouveaux aveugles qui veulent guider d’autres aveugles.

Avons-nous réfléchi à ce que cela pouvait signifier ? Que veut dire ce retour en force de Monsieur Philippe ? Parce que les livres, les documentaires, les conférences, les articles, ce ne sont pas uniquement des phrases, des mots, des idées, des images, c’est beaucoup plus ; c’est Lui à nouveau, présent pour notre temps.