L'approche historique évangélique

« Que l’on commence par comprendre, ou par aimer, ou par agir, l’exercice de l’une de ces trois fonctions entraine et améliore les autres » (1).

 

   Dans la voie chrétienne, et particulièrement dans celle que Monsieur Philippe propose, la charité, nous le savons, est la clef de voûte de ce qu’il nous demande. Il nous parait qu’à notre époque, il n’est pas très profitable de stigmatiser nos contemporains sur ce point, parce que sa mise en œuvre ne peut venir que d’un désir et d’une initiative personnels, et parce qu’il est bien difficile d’en parler s’en faire quelque peu la leçon.

Cette « loi » de la charité est pour certains d’entre nous bien difficile à mettre en pratique, les raisons en sont individuelles, bien sur, mais également peut-être collectives. La Parole de Vie de Monsieur Philippe, citée au début de cet article, nous parait mettre un peu de baume sur le feu de notre égoïsme, un peu d’espoir. Il ouvre une porte vers d’autres efforts et progrès, qui sont du domaine de la compréhension et de l’amour. Notre action sur ceux-ci, il nous le dit, aura une conséquence sur notre agir, notre volonté ; et nous savons que la charité ne peut être mise en pratique que par le moyen de la volonté.

Comme notre travail ici est de l’ordre de la réflexion chrétienne – de l’intelligence de la foi, ne pouvons-nous pas espérer, que le moment venu, peu à peu, notre travail de compréhension agira également sur nos sentiments chrétiens et sur notre vouloir chrétien, permettant ainsi de vivre un peu plus cette charité, centre du message du Maître ?

 

   Des Évangiles, que chacun de nous connaît peu ou prou, notre tendance naturelle est de les lire avec les filtres, les déterminismes, et les centres d’intérêt qui nous constitue, c’est pourquoi les approches de lectures peuvent être nombreuses : ecclésiale, morale, mystique, ésotérique, symbolique, psychologique, syncrétiste... toutes peuvent avoir leur intérêt et leur valeur. Mais nous devons faire le constat, que la première approche, celle historique, ne nous interpelle que peu. Nous trouvons là, malheureusement, la même attitude que celle concernant Jésus ou Monsieur Philippe : leur humanité, leur vie, le contexte de leur époque ne nous intéresse pas beaucoup, ou parfois même pas du tout.

Ce refus de l’approche historique des Évangiles est regrettable, elle traduit un désintérêt navrant pour cette « histoire et ses personnages », représentant pourtant le « décor » humain, terrestre – indispensable — qui permit au Maître de venir ici, de parler et d’agir.

L’approche historique, qui peut être complétée par une connaissance exégétique des textes, donnant alors de nombreuses pistes de compréhension, sont toutes deux des disciplines difficiles, exigeantes. Il faut vérifier les faits, voir le contexte politique, social, religieux de l’époque, le contexte d’écriture, les intentions de l’auteur, les influences,  les apports rajoutés aux textes, les comparées entre eux, pointer leurs différences ou leurs complémentarités ; tout ce travail est immense.

Les enseignements symboliques, mystiques, ésotériques et autres, des textes évangéliques, sont avant tout interprétatifs, subjectifs, ce qui ne veut pas dire faux, inexact, mais enfin… ils nous éloignent du réel, du contexte historique, des faits.

 

Nous l’avons dit, l’exégèse et l’approche historique peuvent être ardues, mais il n’y a pas de parcours spirituel qui ne demande d’effort. Les autres approches que nous avons cités plus haut demandent également des efforts, et peuvent dans leurs excès, comme pour l’approche historique et exégétique, devenir élitistes et parfois même anti-chrétiennes.

 

   Présenter simplement ce qui est complexe, est un art, certains spécialistes le font remarquablement, comme le triptyque diffusé sur ARTE, il y a presque vingt ans, le prouve. Cette série réalisée par Prieur et Mordillat connu un grand succès public. Composé de trois volets : « Corpus Christi », « L’origine du Christianisme » et « l’Apocalypse », ces 30 heures d’échanges, ou de nombreux spécialistes dont certains sont des hommes et des femmes de foi : catholique, protestante ou juive, nous font partager leurs questions, leurs remarques, le fruit de leurs recherches et de leur réflexions, mettant en situation, en perspective, comparant les textes entre eux, tout cela nous éclairent grandement. Ce n’est pas forcément la somme d’informations reçues qui est importante, mais cette approche ouvre des portes en nous, nos dogmatismes et certitudes sont bousculés et peuvent ainsi être réévalués, des compréhensions surgissent, une plus grande disponibilité se fait jour.

Ces sujets ne sont pas compliqués, mais complexes, comme n’importe quel sujet, dés que l’on fait le choix de quitter une approche superficielle pour une autre, plus en profondeur.

 

   Cette Parole de Monsieur Philippe, dite en 1894 : « La manière dont on interprète le Nouveau Testament sera tout autre dans quelque temps » (2) se réalise depuis bien des décennies déjà, et ce, par tous ces savoirs qui se penchent sur les textes évangéliques et leur contexte. Sa Parole contient bien d’autres possibilités, dont certaines, nous le pensons, ne se sont pas encore manifestées.

C’est pour cela que nous espérons que de nouveaux auteurs mystiques vont venir, des nouveaux Sédir, des nouveaux Phaneg, qui tout en nous dévoilant les profondeurs spirituelles des textes évangéliques, la personnalité du Maître et de ses amis, les mettrons en perspective avec l’historicité de leur vie et de leur époque. Peut-être même éclaireront-ils leur vie de lumières historiques encore inconnues, et les textes leur livreront les mystères de leur composition ? Nous souhaitons qu’ainsi, peu à peu, une nouvelle perception du Maître se fasse, permettant que se réduise « l’opposition » séculaire entre : le Jésus historique et le Christ mystique ; nous permettant de mieux le connaître et l’aimer, dans son unicité.

 

 

1 : Les Réponses de Maître Philippe. Editeur le Mercure Dauphinois.

2 : Les Réponses de Maître Philippe. Editeur le Mercure Dauphinois.