Le Ciel nous laisse aimer comme on veut

Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ?
Jésus lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée.
C'est le premier et le plus grand commandement.

Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes. (Mt 22.36-39)

 

   Que dit Jésus, l'homme de Nazareth, sur l'amour entre deux personnes du même sexe, rien, ou rien ne nous en a été rapporté. Que dit Maître Philippe, l'homme de Lyon, sur ce sujet, 2.OOO ans plus tard, rien, ou cela ne nous a pas été pour l'heure révélé. Et bien, en cette absence de paroles de Vie du Maître, qui pourraient nous aider dans notre réflexion ? Les Églises, Catholique et autres, les mouvements spiritualistes chrétiens indépendants, la condamnent plus ou moins ouvertement, la tolère d'un pincement de lèvres condescendant ou demeure dans un silence en lui-même réprobateur. Tous sont gênés, et demeurent incapables d'apporter la moindre lumière nouvelle sur le sujet. Les uns donnent des raisons de « basse moralité » pour justifier leur condamnation, les autres, des explications ésotériques, d'énergie, de pôle féminin et masculin... Mais de l'amour, qui peut transcender toute limitation, permettre de se dépasser, et cheminer avec un être aimé, il n'en est pas question. A croire que le Maître ne nous a jamais parlé de l'Amour !

On pourra rétorquer que quand Jésus dit : « Je ne suis pas venu abolir la Loi et les Prophètes... » Le sujet de l'homosexualité et de sa condamnation est inclus dans la Loi. Personnellement, nous ne savons pas ce qu'Il entendait exactement par ces mots, s'il s'agit entre autres des dix commandements de Moïse, l'homosexualité n'y est pas nommée. Et sa Loi à Lui, à Jésus, elle se résume dans ce qui est relaté dans Matthieu, et que nous avons cité en début d'article.

 

   L'Église Catholique, pour argumenter son rejet de cette orientation affective et sexuelle, évoque notamment l'épisode de Sodome dans l'Ancien Testament, (1) ainsi que les Épitres de Paul (2). L'ami Paul, dont nous reconnaissons le rôle essentiel qu'il joua dans les débuts de la propagation du message de Jésus aux non-juifs. Paul, que nous avons appris à aimer. Paul, le premier penseur chrétien et théologien. Mais, ce que dit Paul concernant l'homosexualité n'engage que lui, on ne peut, par association, en faire le point de vue du Maître, d'autant plus que Paul n'a pas connu Jésus de son vivant.

Paul, par la dureté de ses Épitres sur le sujet, réagis sans doute à un contexte historique particulier. Reconnaissons néanmoins que cela reste son point de vue à un moment « x » de son parcours, à un moment « x » du temps, qui pourra nous dire si sa réflexion n'a pas évoluée sur le sujet ? Si c'est le cas, nous n'en avons pas de trace. De toute façon, ses Épitres étant devenues pour les Églises comme un « dogme », celui-ci verrouille encore pour l'heure toute réflexion neuve et adaptée à notre époque.

Nous l'avons dit, l'une des raisons principales de la condamnation par le Judaïsme, puis par le Catholicisme, des pratiques homosexuelles, provient de la célèbre scène rapportée dans l'Ancien testament, celle de la malédiction de Dieu sur la ville de Sodome et Gomorrhe. Même si, comme le fait très justement remarquer le Rabbin Azoulai (3) : les comportements homosexuels qui sont condamnés dans la Bible sont toujours des viols homosexuels, et non des relations librement consentis. Il précise qu'il n'y a pas à sa connaissance dans la Bible d'évocations de condamnation devant les tribunaux de personnes homosexuelles.

 

   Marcel Légaut (4), penseur chrétien des temps nouveaux, nous explique que nous sommes sortis de la foi collective, qui a été pendant des siècles le socle de notre vie en commun : aux croyants comme aux non-croyants. Pour lui, nous sommes à présent placés dans la nécessité, l'obligation même, d'élaborer une relation personnelle avec Dieu, incluant notre vécu et ce que nous sommes. S'il n'y a plus de foi collective, la morale pour le croyant sincère nécessitera également d'être sortie de sa gangue collective. Il nous faut alors passer, comme le disait un ami, de la morale (5), à l'éthique, (5) plus individuelle.

Cette attitude est forcément, dans un premier temps, déstabilisante, les repères disparaissent..., mais un cheminement authentique est à ce prix.

 

   Si nous replongeons dans la vie de Jésus, nous voyons qu'Il n'a cessé de bousculer, et parfois même de condamner la morale juive de son temps, pour privilégier une éthique personnelle ; et nous savons les récriminations, les critiques et les jugements qu'Il reçut en retour. Le Maître est toujours vivant et présent, et à toutes les époques Il fait avancer les consciences, les sentiments, comme bon Lui semble, n'est-il pas le Maître de la vie ? Et à toutes les époques les docteurs de la Loi se raidissent, condamnent et rejettent l'Homme nouveau qui surgit.

 

   Le discours de l'Église Catholique sur l'homosexualité est de condamner le passage à l'acte sexuel entre deux personnes du même sexe, mais elle demande de ne pas juger la personne, ce que l'on peut résumer par : on peut juger un acte, mais pas une personne ; ce qui en soit est une saine attitude. Mais, puisque l'Église s'appuie sur les propos de Paul pour condamner l'acte sexuel, pourquoi ne condamne-t-elle pas la personne ? Paul nous dit que les homosexuels n'hériteront pas du Royaume de Dieu, cela l'Église ne le dit plus, pourquoi a t'elle infléchi son propos sur ce point ? L'Église ne paraît pas cohérente avec elle même : ou Paul a toujours raison sur les deux points (condamnation de la pratique et de l'individu), ou il a tort sur les deux, mais ce ne peut-être à la carte.

Les origines de cet interdit dans la religion catholique paraissent avoir été héritées également de l'Empire romain. En effet, après avoir largement toléré des conduites et pratiques sexuelles très libres au Ie siècle avant J.-C., l'Empire romain revient à une plus grande rigueur au IVe siècle après J.-C. : relations homosexuelles et libertinages interdits, caresses buccales et pratiques anales fortement condamnées, etc. Un auteur nous dit : « Qu'en 533, l'empereur Justinien inclut la sodomie comme un acte contre nature, et un vice indicible et blasphématoire. Ainsi, le catholicisme naissant se serait mélangé avec la culture ambiante romaine et aurait affirmé la sodomie comme une mauvaise pratique sans que celle-ci ne soit explicitement condamnée dans les textes de référence. » Condamnant ainsi implicitement les gays. (7)


Un auteur, d'ailleurs controversé, John Boswell, explique que le christianisme aurait pratiqué des unions de même sexe jusqu'au XIIe siècle côté latin et plus tard encore (au moins jusqu'au XVIIIe siècle) côté oriental. (7)


Faisons un tour rapide du point de vue des autres églises d'orientation chrétienne sur ce sujet. Pour le protestantisme dans sa grande majorité, celui-ci a revu sa position sur la question en suivant le principe : Ecclesia reformata, semper reformanda (une Église réformée, toujours à réformer à nouveau) et laisse les croyants seuls juges de leur foi et de la manière de l'appliquer. L'homosexualité dans l'anglicanisme échappe au rejet de l'homosexualité issu du christianisme et au-delà, du judaïsme, avec bénédiction du mariage homosexuel et consécration d'évêques ouvertement gays ou lesbiennes. De même, l'Église évangélique luthérienne en Amérique a voté en août 2009 pour permettre aux homosexuels monogames (et non plus simplement célibataires) d'être ordonné pasteurs. En ce qui concerne l'Eglise orthodoxe, elle est sur une ligne encore plus radicale que celle de l'Eglise catholique. (7)


Nous ne rentrerons pas dans les querelles de spécialistes qui ont commenté ces condamnations de l'homosexualité dans les divers textes de référence, nous laissons au lecteur intéressé faire ses recherches. A préciser qu'il ne semble pas avoir, dans l'Ancien Testament, de condamnation envers le lesbianisme.

 

   Mais admettons, que pendant un temps, l'homosexualité fut condamnée par Dieu, qui peut dire s'il n'a pas revu son point de vue ? Qu'Il ait fait Miséricorde et qu'Il accepte à présent ce qui avant était inacceptable ? On nous présente un Dieu qui ne change pas, immobile, édictant des lois, des règles... s'Il les a édictées, Il peut les changer, non ! Maître Philippe nous explique concernant un autre sujet, que le Père a modifié ses « appartements » (8). Cette phrase est immense pour nous, elle nous montre que le Père change des choses ; et bien non, sur la morale, et concernent l'homosexualité, Il ne change pas. Voilà que c'est nous, pauvres créatures débiles, qui voulons Lui édicter ce qu'Il doit penser.

 

Nous finirons par la parole d'un Ami, qui, quand nous l'avions interrogé sur ce sujet il y a plusieurs années avait répondu : « Aimer son prochain... le Ciel nous laisse aimer comme on veut. »

 

 


 

Concernant la pédérastie et l'homosexualité, dans le contexte de l'époque du premier siècle, voir l'article de Jacques Buchhold : L'homosexualité, les données du Nouveau Testament et leur contexte, disponible sur le net.

(1) Voir Genèse, Juges, Lévitique.
(2) Corinthiens, Timothée, Romain.
(3) Le monde des religions : homosexualité pourquoi les religions la condamnent. N°58.
(4) Voir le site qui lui est consacré : Marcel Légaut aujourd'hui.
(5) La morale réfère à un ensemble de valeurs et de principes qui permettent de différencier le bien du mal, le juste de l'injuste, l'acceptable de l'inacceptable, et auxquels il faudrait se conformer.
(6) L'éthique, quant à elle, n'est pas un ensemble de valeurs et de principes en particulier. Il s'agit d'une réflexion argumentée en vue du bien agir. Elle propose de s'interroger sur les valeurs morales et les principes moraux qui devraient orienter nos actions, dans le but d'agir conformément à ceux-ci.
(7) Source Wikipédia.
(8) Voir « Les carnets de Victoire Philippe » - le salon de Dieu.