La Lumière du monde

                                                                                             Je suis la Lumière du monde. (Jean VIII, 12)

 

Le christianisme, c’est d’abord et avant tout une personne. Le christianisme, c’est le Christ. Aussi Sa déclaration : « Je suis la Lumière du monde » ne saurait-elle surprendre.

Si l’on se reporte aux documents les plus anciens du christianisme, on constate que cette pensée que Jésus est la Lumière du monde domine la piété des premiers chrétiens.

Au printemps de 1897 M. Boyer d’Agen découvrit à Rome, dans le marché en plein air du Campo dei Fiori, dans un ramassis de vieilles monnaies, une pièce noircie par le temps et dans laquelle les savants les plus autorisés reconnurent une de ces médailles qui, dés le premier siècle de notre ère, servaient de signe de ralliement aux chrétiens dispersés dans le monde païen.

Sur la face de cette médaille on peut voir un admirable buste du Christ et sur le revers une inscription en hébreu dont voici la traduction : Le Messie a régné – il vint pacifiquement et, devenu la lumière de l’homme, Il vit.

Oui, le Christ est la lumière des hommes et voici à quel signe nous le reconnaissons. Si le Christ avait été un homme, même le plus grand des hommes, comme les sages de l’antiquité ou les fondateurs des grandes religions, Il aurait apporté au monde un système scientifique ou philosophique, un ensemble de doctrines qui aurait expliqué à Ses disciples les problèmes troublants et leur aurait donné les réponses nécessaires.

Or les systèmes changent avec les besoins intellectuels des hommes, ils se combattent et se remplacent les uns les autres. – Le Christ veut apporter au monde non pas du provisoire mais de l’éternel, Il veut l’éclairer non pas par le dehors mais pas le dedans et c’est pourquoi Il lui donne non pas une théorie mais une personne vivante, Lui-même.

Et cette personne, Il n’en fait pas un objet de contemplation, Il veut la rendre intérieure à ceux qu’Il appelle à Le suivre. Toutes les actions extérieures qu’Il accomplit ne tendent qu’à établir entre l’âme humaine et Sa personne divine une relation de confiance et d’amour.

Nous voilà sur un terrain solide. Ici rien de provisoire, rien qui date ; l’âme humaine est la même toujours ; elle a dans tous les siècles les mêmes besoins, la même soif du divin puisqu’en elle il y a une étincelle de la Lumière incréée, et, lorsqu’on s’adresse à l’âme humaine, lorsqu’on répond à ses aspirations profondes, on est éternellement actuel et c’est ce qui fait que l’Evangile est le livre de toujours, c’est ce qui fait qu’aujourd’hui comme au 1er siècle et au 50e, au 100e siècle comme maintenant, du pôle à l’équateur et de l’Orient à l’Occident, quelles que soient les civilisations et les mentalités, l’Evangile parlera toujours aux hommes parce qu’il s’adresse à ce qu’il y a en eux d’éternel.

Le Christ est la Lumière du monde. Sans Lui le monde erre dans la nuit. Avant Lui l’homme n’avait pour se conduire que les lueurs d’une Loi sainte mais qu’il savait implacable. Le Christ vient et l’humanité comprend que Dieu est non pas un Seigneur mais un Père, un Père qui l’aime et qui la veut heureuse d’un bonheur immuable, un Père qui l’aime tellement que pour elle Il a donné Son Fils unique.

Avant le Christ l’humanité ne savait rien de sa destinée ; elle ne savait ni d’où elle venait ni où elle allait ; elle marchait courbée sous le joug de fer du Destin, de l’aveugle et inexorable fatalité. Le Christ vient et l’impitoyable roue qui sous son poids broyait les générations s’arrête ; un souffle d’affranchissement et de rénovation passe sur la nature et l’homme, ayant reçu la révélation du Père céleste et se sentant Son enfant, comprend que son évolution séculaire a un but : revenir à Dieu par l’obéissance libre et volontaire.

Avant le Christ la souffrance était pour l’homme la plus douloureuse des énigmes : souffrance physiques, souffrance morale. Le Christ vient ; Il n’explique pas, Il Se présente au monde, Lui, l’Homme de douleur, le perpétuel Crucifié et l’homme comprend que la souffrance n’a pas pour cause l’arbitraire du Destin, mais qu’elle est pour lui un rachat et un moyen d’évolution.

Avant le Christ la mort était pour l’homme la plus douloureuse des énigmes : souffrance physique, souffrance morale. Le Christ vient ; Il n’explique pas, Il se présente au monde, Lui, l’Homme de douleur, le perpétuel Crucifié et l’homme comprend que la souffrance n’a pas pour cause l’arbitraire du Destin, mais qu’elle est pour lui un rachat et un moyen d’évolution.

Avant le Christ la mort était l’amertume suprême, la douleur sans consolation. Le Christ vient ; en S’offrant volontairement à la  mort par amour pour les hommes, Il la transfigure parce qu’Il l’a vaincue. Désormais la mort n’est plus horrible, elle est noyée dans la Lumière. La mort est le prélude de la vie.

Cette œuvre, le Christ l’a accomplie pour tous. Pour la comprendre et se l’approprier, il n’est pas nécessaire d’avoir fait de longues études, il suffit d’ouvrir son cœur au Christ, comme pour voir clair il suffit d’ouvrir les yeux à la lumière.

Il ne faut pas que la Lumière nous reste extérieure, il faut qu’elle nous pénètre. Il ne s’agit pas pour nous de croire que le Christ est la Lumière du monde, il s’agit qu’Il soit notre Lumière comme Il est la Lumière de ceux qu’Il a affranchis, des malades dont Sa présence a transfiguré les souffrances, des crucifiés de la vie dont Il a séché les larmes et ranimé les énergies, de ceux qui sont morts dans Sa paix.

Pour recevoir cette Lumière, il faut d’abord reconnaître qu’on est dans la nuit. La lumière ne brille que dans les ténèbres. Et puis, il faut éteindre en soi les lumières de ce monde. Quand on veut contempler les étoiles, on ne va pas dans un endroit brillamment éclairé ; pour contempler les lumières célestes, il faut s’éloigner des clartés terrestres.

Il faut que nous recevions cette Lumière jusqu’au fond de notre être. Il faut que nous la recevions dans notre esprit et elle nous fera quitter l’adoration des idoles pour le culte du vrai Dieu ; dans notre cœur et elle nous apprendra l’indulgence, la compassion, la charité ; dans notre pensée et elle purifiera notre intelligence ; dans notre volonté et elle nous fera connaître le bonheur d’obéir à la volonté du Père et de travailler pour Lui.

« Je suis la Lumière du monde ; celui qui Me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie ».

 

 

                                                                                       Bulletin des Amitiés Spirituelles. Janvier 1965.