Extraits des courriels (2)

Extrait 4

Il faut aussi que tu saches que le livre d’Alfred Haehl a été édité pour justement contrecarrer cette vision trop orientée que contient l’ouvrage de Philippe Encausse. Le document d’Alfred existait d’ailleurs depuis les années 20, et il passait sous le manteau, pour des amis, comme un cahier de famille.

J’anticipe maintenant sur une question que tu m’aurais posé un jour, parce que tu es observateur.
Elle aurait concerné la lettre d’Alfred Haehl à Philippe Encausse (figurant dans le livre), qui, par ses propos, valide tout ce qui est écrit dans l’ouvrage de celui ci.
Rémi m’avait donné comme réponse, quand je lui avais fait part de cette missive et du questionnement qu’elle suscitait.
-  Tu sais … Alfred Haehl voulait s’entendre avec tout le monde, il voulait suivre l’enseignement du Maître : ne pas dire du mal, essayer d’arranger les choses… Mais il n’est pas toujours possible d’agir comme cela, on peut devenir faux en fonctionnant ainsi, on joue un rôle et on en perd son authenticité.
 
Bon, là non plus rien n’était particulièrement simple, et certains dires étaient à remettre en vérité.


Extrait 5

Il avait un intérêt, une affection j’irai même jusqu'à dire, pour les gens un peu décalés, déjantés même ; le conformisme, le formalisme, le bien pensant l’ennuyait, davantage même, il percevait sans doute là des attitudes par trop défensives, manquant trop de spontanéité et de fantaisie, en fait une absence de mouvement, donc de vie.
Je l’imagine fou du Roi en la cours d’Henri II.
En promenade avec la suite royale, il pénètre dans un village, il en parcours toutes les ruelles, rentrant dans les maisons, dans les tavernes, dans les bordels et réunissant autour de lui tous les dérèglements, les démesures, les vices qu’il a pu trouver ; aidant même ceux qui paraissaient ne pas en avoir à en découvrir.

Le voici : il va de l’un à l’autre, une choppe de vin à la main ; à chacun il parle le langage de sa folie.
Viennent à lui les boiteux, les goitreux, les syphilitiques, les malheureux ; accourent comme vers un frère d’arme les criminels, les luxurieux, les menteurs, les pervers, les violeurs d’enfants, les mangeurs de chair humaine.

Le soir venant, sur la place, autour d’un grand feu, il dirige la farandole au son d’une musique endiablée, riant et pleurant, pleurant et riant cette folie de l’homme qu’il aime, et tout autant  qui le blesse et l’anéantit ; toutes ces tares il les fait siennes.

Son visage, à ceux qui l’observe paraît se transformer en un perpétuel kaléidoscope d’expressions, de rictus, de sourires, de regards ; il devient chacun et pour un instant chacun devient lui.

*

La folie, il connaissait, il pouvait y mener un être en quelques coups de cuillères à pot ; il pouvait te perdre aux yeux des hommes, mais te sauver pour le Ciel - qui peut dire les chemins qui mènent à Dieu ?
Il aurait aimé ce slogan : « Bienheureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière. »

Mais fou il l’était, aux yeux de ce monde qui veut tout contrôler, organiser, planifier, réglementer, sécuriser ; fou ne l’était-il pas quand il disait :
- Mon ardoise, le Ciel l’efface, alors je remets des choses dessus, je ne supporte pas le vide… Allez plus 2.000 points… plus 100.000…
-  … mais Rémi ! Te rends-tu compte,... commençait à dire Benjamin.
-  Je m’en fou complètement… il faut que ça flambe.

Et il se levait pour se verser un verre de whisky.


Extrait 6

Après nous être arrêtés quelques secondes pour contempler la ligne d’horizon qui, en cet endroit, était très belle et dégagée, je lui fis part d’un livre que j’avais lu et dont je trouvais la théorie intéressante.
Tu sais, je ne lis plus. Ce qui est toujours ennuyeux avec les systèmes de pensée et les théories élaborées par l’homme, c’est que sept fois se sera vrai et la huitième se sera faux.
L’imagination de l’homme est terrible. Il faut oublier les systèmes, les méthodes, les techniques… Il faut vivre tout simplement.

S’arrêtant de marcher et se tournant vers moi il reprit :
Quand quelqu’un vient vers toi, demande ce que tu as à vivre avec cette personne, et surtout ne pas donner de conseils. Et puis, je vous l’ai souvent dit, tout oublier, même sur les sujets que vous connaissez… Et pourtant j’aimerais créer une école.
Ah oui !
-  Une école où l’on y apprendrait le silence.
 

Extrait 7

Il prit trois tasses et nous servit du café, il était silencieux, puis comme une confidence.
- Vous avez ce qu’il faut travailler pour nous rapprocher de Dieu. Pour nous rapprocher de lui il nous faut travailler : l’amour, la foi, l’espérance et la contemplation.
Nous regardant, il reprit la parole, parlant de Jésus.
Il est l’Ange, Dieu, le mystère… Et une quatrième chose que je ne vous dirais pas.
Il faut de tout cœur désirer le rencontrer, lui dis je.

Il me répliqua fortement s’énervant quelque peu.
Si tu crois encore que tes désirs et ton attente peuvent créer la rencontre, c’est que tu n’as rien compris ; c’est lui qui décide de la rencontre… et puis si tu le rencontres ici, c’est que cela fait écho à une autre scène, ailleurs, dans un autre temps … Tu as pu le rencontrer sous un palmier, comprends tu ?
La Rencontre… elle a pu avoir lieu, mais pas comme tu le crois ; ce peut être par un livre, une photo…Ou par ce chevalet qui est ici, tu saisis ? Il utilise des filtres… Mais si tu te trouves devant lui… Te rends-tu compte, être devant son créateur… Tu disparais, tu pleures toutes les larmes de ton corps.

Reprenant son souffle, et nous regardant tous deux à tour de rôle il reprit :
Quand Monsieur Philippe dit par moments : « Ne dites pas que je suis le Christ », c’est par modestie…Et puis, il n’est pas le Christ, il dit vrai… puisqu’il est Monsieur Philippe.
Il utilise ce filtre de Monsieur Philippe pour venir vers nous… Autrement ce ne serait pas possible.
Benjamin lui demanda.
Mais ceux qui ont vu le Christ… Pour eux, il y avait moins de filtre ?
Oui… c’était plus grave pour ceux qui y étaient.
-  Et Cagliostro ? Lui demandai je.
-  C’est une incarnation intermédiaire.


Il poursuivit sur Jésus.

Jésus, en venant ici a pris un manteau… Il aurait les cheveux longs, une tunique, des sandales… il peut prendre le vêtement de Jésus, de Monsieur Philippe, de bien d’autres encore.
Et surtout soyez attentifs aux signes… et aux rencontres, si on savait ce que sont parfois les rencontres !
-  On ne sait pas qui cela peut être !

Baissant la voix comme pour ne pas être entendu.
T’as bien raison, il y a des rencontres qu’il ne faut pas rater… et ne pas se fier aux apparences…, si vous voyez ce que je veux dire.
Nous fixant du regard tour à tour.

A un moment, sans que nous nous en rendions compte, la conversation se posa sur l’Esprit Saint, l’esprit de Consolation.
Rémi, à une autre occasion, nous avait dit à quel point Monsieur Philippe avait été un consolateur, lui rappelant ce propos il dit simplement.
Oui… Il n’a fait que cela, consoler.
Mais l’Esprit Saint… demanda Benjamin.
Cela nous dépasse. Et pourtant il a un nom.
Comment cela ?
-  Il a un nom nominatif, comme celui d’une personne.

Mais … Il est venu sur terre ?
-  Oui.
 

- Il faut aimer Jésus, c’est tout ; il faut penser à lui. On a besoin que du Christ.
- De toi quand même Rémi !… lui dit Benjamin.
Non. Que du Christ.

˜

« Dieu n’a pas besoin de nous. Mais par amour pour nous, pour l’humain, il nous fait participer. »

Rémi.